BTP : bientôt une priorité du gouvernement ?

Après les grandes saignées de l’industrie, dont la chute a été si brutale et ses conséquences sur l'emploi si massives, le secteur du BTP affronte aujourd’hui une crise majeure. Alors que notre pays fait face à un taux de chômage exponentiel, nul doute que les pouvoirs publics vont devoir se mettre au chevet d’un secteur sinistré, totalisant près de 1,3 million emplois dans 519 140 entreprises selon l'INSEE. 

Face à une crise sans précédent, les professionnels et organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme.

La situation n'est pas nouvelle… le schéma est simple. Les caisses de l’État sont vides… la baisse des aides entraîne une diminution des commandes publiques. Nécessairement, les secteurs de la construction et des travaux publics deviennent la variable d’ajustement. Au delà de ce constat simpliste, les chiffres et perspectives présentées font froid dans le dos. Prenons l’exemple des TP : selon la FNTP, depuis plus de 7 ans, le secteur traverse une crise brutale cumulant un chiffre d’affaires en baisse de 25 % et la destruction de près de 30 000 emplois. Les professionnels demandent un plan d'urgence et une prise de conscience politique. Seront-ils entendus ?

Le bâtiment connaît, lui aussi, une crise aigue (-20 000 emplois, en glissement annuel, pour le seul premier semestre 2014[1]) et vient de traverser une année 2013-2014 particulièrement mouvementée. Naturellement l’objectif « 500 000 logements » et les mesures de simplification réglementaire et normative engagées pour libérer le marché de la construction, ont été particulièrement bien accueillies.

Cependant, l’État a considéré, une fois de trop, que ce qu’il venait de donner, il pouvait le reprendre. En cela, la Loi ALUR a cristallisé les critiques des professionnels et organisations du secteur. Après une lutte acharnée, ils ont obtenu gain de cause, puisque ALUR vient de trouver son épilogue en août dernier avec le plan logement présenté par le Premier Ministre. Exit, les deux grandes mesures phares de Cécile Duflot sur l’encadrement et la garantie universelle des loyers. ALUR est donc assouplie par le dispositif « PINEL » voté dans le cadre du PLF 2015, qui doit favoriser, entre autres, le développement du logement intermédiaire et permettre de relancer l’activité du secteur.

Mais cela sera-t-il suffisant pour endiguer la déflagration économique subie par les PME dans les territoires et impactant de facto les emplois associés ? Pas certain, quand on s’aperçoit que la fragilisation du tissu de PME - dont les carnets de commandes sont en berne - remonte progressivement vers les grands groupes… En témoigne d’ailleurs la contraction du CA trimestriel BTP de Vinci (-7,1%) annoncée par le groupe le 23 octobre dernier.

La construction de logement partiellement entendue, les TP oubliés ?

Sur les 1,3 million d’emplois que compte le secteur du BTP, la répartition est la suivante : 78% sont des salariés évoluant dans le bâtiment, 22% dans les Travaux Publics[2]. Au regard de ces chiffres et alors que les mesures de relance pour le logement neuf et la rénovation énergétique verront leurs premiers effets se concrétiser au cours de l’année 2015, on comprend aisément pourquoi il y avait urgence à agir pour la relance de la construction.

Pourtant le secteur des TP, lui, continue de sombrer dans un abime économique et industriel. L'INSEE vient de publier son enquête sur le climat conjoncturel dans les travaux publics pour le mois d’octobre. Il continue de se « détériorer fortement ». Le jugement sur l’activité « est très dégradé »[3]  et atteint même son plus bas niveau depuis 1984. Les chefs d’entreprises interrogés par l’institut, sont plus nombreux que dans l’enquête précédente à anticiper une baisse d’effectifs.

Suppression de l’écotaxe et baisse des dotations des collectivités au programme pour 2015

Face à ce constat, deux nouveaux coups durs viennent pourtant d’être portés au secteur des TP.

D’une part, l’abandon progressif de l’écotaxe puis de la taxe poids lourds, qui condamne un peu plus les recettes sur lesquelles l’État entendait capitaliser pour relancer l’investissement public. Cela va considérablement impacter l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), qui devait être le premier bénéficiaire des recettes de l’écotaxe. Bien que le PLF 2015 ait introduit une compensation avec une redistribution à l’Afitf de la TICPE sur le gazole, il s’agit là d’un pansement provisoire et nul doute que l’agence se retrouvera fin 2015 dans l’incapacité de boucler son budget et dans l’impossibilité d’engager de nouveaux programmes.

D’autre part, le projet de loi de finances pour 2015 confirme, sans surprise, les annonces relatives à la réduction des dotations attribuées aux collectivités locales, condamnant davantage la relance de l’investissement public.

2015 doit voir l’émergence d’un grand plan de soutien au BTP, c’est une nécessité.  

Sans un engagement majeur des pouvoirs publics la situation continuera progressivement de se dégrader, avant de s’effondrer avec des conséquences irréversibles sur l’emploi. Pour rappel, le secteur du BTP accueillait en 2008 quelques 95 000 apprentis, contre près de 80 000 aujourd’hui[4]

Au delà de la conjoncture économique qui impacte les politiques publiques en matière de logement par exemple, ou du lancement de grands travaux, le secteur du BTP est fortement dépendant du cycle de l’investissement.  Les conditions de la reprise doivent être étudiées au travers de différents chantiers (mise en place de mesures fiscales incitatives, relance de l’investissement dans les grands chantiers publics, soutien direct au PME, accélération du choc de simplification normatif, lancement immédiat des nouveaux CPER … ).

Dès 2015, un plan BTP doit être pensé et déployé dans les territoires en ce sens.

 


[1] Source FFB

[3] Soldes d’opinions des chefs d’entreprise interrogés sur leur activité passé ou à venir.

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