Représentativité des orga et des fédé pro : le complexe de Goliath

Si le concept même d’organisation ou de fédération professionnelle appelle une homogénéité en terme de secteurs représentés, les adhérents n’ont pas toujours le même poids. Ils  sont alors en droit de se demander s’ils sont tous logés à la même enseigne et si leurs intérêts, parfois spécifiques ou contradictoires aux plus grosses structures sont réellement pris en compte. Une question légitime qui articule et conditionne les prises de positions de l’organisation ou de la fédération, les combats menés, etc.

Les statuts de la plupart des structures représentatives ont opté pour une adhésion que l’on pourrait qualifier de « péréquation ». Ainsi, la participation financière des adhérents va croissante selon la taille du groupe ou de l’entreprise. La chasse aux gros adhérents s’avère vitale pour des structures qui vivent principalement de ces cotisations. Néanmoins, ce système a priori équilibré pourrait induire un biais en matière de représentativité.  Car, en toute logique, les gros adhérents attendent un retour d’investissement.  Fort d’un plus gros soutien financier à leur fédération ou organisation, les plus gros contributeurs pourraient exiger une meilleure prise en compte de leurs problématiques. D’autant que les attentes peuvent être différentes selon la taille de l’entreprise adhérente.

L’actualité nous apporte un exemple qui illustre fort bien cet état de fait avec la décision des micro brasseurs de quitter les « brasseurs de France ». Cette fédération qui compte parmi ses adhérents les trois poids lourd du secteur que sont ABInBev, Carlsberg et Heineken ne représentera bientôt plus les petits brasseurs, qui formaient pourtant le gros des troupes.

Ces derniers se sont grandement développés ses dernières années, passant en deux ans de 600 à 800. Mais cette tendance a bien été comprise par les géants qui se sont mis à développer des bières dites artisanales. Face à cette concurrence difficilement maitrisable, les petits brasseurs ont vu rouge. Sans compter que la taxe dite du droit d’accise, l’un des derniers avantages de David face à Goliath, est attaquée par les gros industriels sur fond de différence de traitement. En effet, cette taxe varie selon le volume de production et donc selon la taille des entreprises : 3,60 euros par degré d’alcool et par hectolitre pour les brasseurs de moins de 200 000 hectolitres et 7,20 euros au-dessus de 200 000 hectolitres.

Menée par l’ancien représentant des petits brasseurs au sein de la fédération, Jean-Paul Drouin, la fronde s’oriente vers la création d’une fédération spécifique aux petits producteurs. Un pari qui pourrait s’avérer gagnant au vu du développement des micro-brasseries et brasseries artisanales. D’autant que le pays n’a jamais été autant enclin à promouvoir le made in France, les productions bio, etc. Un boulevard semble donc s’ouvrir pour ces professionnels avec à la clé des combats prometteurs et des revendications crédibles comme la création d’un label sur les bières artisanales ou encore la préservation du système fiscal actuel.

L’exemple du secteur brassicole met en exergue les limites du système d’adhésion et pose la question du paysage fédératif alors que germe le débat de la représentativité des organisations, fédérations et syndicat professionnels.

Affaire à suivre donc !