Prix des médicaments : le timing parfait de la communication (d’influence) de Médecins du monde.

Si pour beaucoup le mois de juin est la période où l’on finalise ses congés et où l’on commence à profiter du soleil entre amis ou en famille, c’est aussi, pour le Gouvernement et pour un certain nombre d’organisations (syndicats, associations, fédérations professionnelles, etc…) le moment où débutent les premiers arbitrages financiers en vue de finaliser les textes budgétaires (Projet de Loi de Finance et Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale). Au vue de sa campagne sur le coût des médicaments, Médecins du Monde ne s’y est pas trompé et ne méconnait pas ce calendrier.

Une campagne choc   

Le 13 juin dernier, Médecin du Monde lançait officiellement sa nouvelle campagne publicitaire destinée à dénoncer le prix des médicaments et alerter citoyens et pouvoirs publics sur « le risque qu’il fait porter sur notre système de santé ».

Intitulée #LePrixdelaVie la campagne de médecins du monde entend faire la démonstration que le "marché du médicament est plus lucratif que l’industrie pétrolière, alors même que les médicaments ne sont pas des produits de consommation comme les autres". Et pour l’association, les prix de certains médicaments sont tellement importants qu’ils remettraient en cause l’accès de toutes et tous aux médicaments.

Une campagne « choc » qui associe systématiquement une maladie au montant de son traitement ou encore à la capacité financière des patients à faire face à celle-ci en dehors de notre système de protection sociale. C’est ainsi que la campagne annonce que « seuls 1% des français peut se permettre d’avoir une hépatite C », « bien placé un cancer peut rapporter jusqu’à 120 000 euros » ou encore « 1 milliard d’euros de bénéfice, l’hépatite C on en vit bien ».

Cette campagne, au ton singulier a pu étonner certains acteurs au regard des partenariats, y compris financiers, qui existent entre Médecins du Monde et certains laboratoires pharmaceutiques.

Quand l’institution renoue avec l’association

Saisie par l’un de ses adhérents sur l’opportunité de donner une suite favorable à la demande d’affichage formulée par Médecin du Monde, l'ARPP – Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité – a donné, involontairement, une tribune supplémentaire à l’ONG.

En effet, le refus de l’ARPP d’autoriser l’affichage en l’état de cette campagne sur les supports officiels destinés à cet effet, sans y intégrer des éléments justificatifs objectifs et vérifiables, notamment en précisant les études venant à l’appui de ces affirmations, a permis à l’association humanitaire de dénoncer un censure qui, en creux, lui donnerait raison.

C’est donc sur le web, et particulièrement avec le recours des réseaux sociaux que l’association a décidé de mener sa campagne, non sans prendre la décision de rompre avec sa dimension institutionnelle pour renouer avec son caractère associatif et engager une campagne d’affichage « sauvage » dans les rues.

La suite en Octobre 

L’industrie du médicament, par la voix du LEEM (syndicat professionnel qui regroupe les entreprises de l’industrie pharmaceutique) a immédiatement riposté, rappelant dans un communiqué de presse,  le jour même du lancement de la campagne de Médecins-du-Monde que "le prix de ces médicaments est fixé par le Comité économique des produits de santé à l’issue de négociations avec les industriels [et qu’en aucun cas], les industriels ne fixent donc leur prix de façon unilatérale".

De son côté, Marisol Touraine, Ministre de la santé n’a pas encore répondu à la question claire qui lui était posée par l’ONG.

La campagne, elle aura toutefois commencé à porter ses fruits,  plusieurs parlementaires nationaux et Européens se sont emparés de cette campagne en la relayant sur leurs comptes twitter, en signant la pétition, voire en multipliant les questions écrites.

A l’Assemblée, la Commission des Affaires Sociales, qui vient tout juste de désigner ses rapporteurs sur le PLFSS 2017 en a fait un sujet de travail en engageant une série d’auditions mentionnant explicitement, sur son site internet : « une campagne, censurée par des compagnies d'affichage, sur le prix trop élevé des médicaments ».

 

En assurant la reprise de son message sur les réseaux sociaux, sur les murs, dans la presse spécialisée et généraliste ainsi que par une partie des parlementaires Médecins du Monde a gagné la bataille médiatique. Il faudra attendre Octobre et la présentation du PLFSS 2017 pour savoir si elle a gagné aussi la bataille politique