Le monde hospitalier et les associations de solidarité, pas "aidés" par la suppression de leurs contrats

Le Premier ministre, Edouard Philippe, et la Ministre du Travail, Muriel Penicaud, ont exprimé à plusieurs reprises durant l’été leur volonté de diminuer le nombre de contrats aidés dès septembre 2017. Le secteur associatif et les fédérations professionnelles hospitalières, qui recourent fréquemment à ce type de contrat,  montent au créneau pour défendre le maintien des contrats d’insertion et emplois d’avenir.

Le 9 aout dernier à l’Assemblée Nationale, la Ministre du Travail Muriel Pénicaud a affirmé que les contrats aidés étaient  « couteux », « pas efficace dans la lutte contre le chômage » et ne constituaient « pas un tremplin pour l’insertion professionnelle ». Financés en partie par l’État, ces contrats aidés, qui sont réservés aux publics les plus éloignés du marché du travail (demandeurs d'emploi de longue durée, jeunes en grande difficulté, personnes en situation de handicap…), vont passer de 460 000 à 310 000 cette année, puis 200 000 l’an prochain.

Si certains domaines sont jugés prioritaires tels que « l’éducation nationale, l'urgence sanitaire et l'urgence sociale », le ministère a néanmoins déjà entamé la diminution du nombre de ces contrats dès la rentrée 2017 provoquant l’incompréhension voire la colère des acteurs, notamment du secteur hospitalier où l'on recense 25 000 contrats aidés.

Dans des lettres adressées aux ministres des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, et du travail, Muriel Pénicaud, et à la secrétaire d'Etat chargée du handicap, Sophie Cluzel, le directeur général de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne (Fehap), Antoine Perrin, s’est alarmé de cette mesure. Selon lui, elle aura de fortes incidences sur « la qualité de l’accompagnement à laquelle sont en droit de prétendre les personnes accueillies » mais également sur « la qualité de vie au travail des professionnels en poste ».

Une indignation partagée par Frédéric Valletoux, président de Fédération hospitalière de France, pour qui la remise en cause des contrats aidés va toucher « au moins 10 000 emplois dans les maisons de retraites publiques », des emplois qui participent à la prise en charge au quotidien des personnes âgées placées.

Dans le même temps  six associations de solidarité (Fédération des acteurs de la solidarité, l’association des paralysés de France, ATD Quart-Monde, Coorace, Emmaüs France, Uniopss et le Secours catholique) ont estimé dans un communiqué commun que « réduire aussi brutalement, de 459 000 à 320 000 le nombre de contrats aidés en 2017 et annoncer leur diminution drastique pour 2018 revient à supprimer les perspectives d'insertion de plus de 150 000 personnes ».

Quel pourrait être l’impact de cette diminution selon les associations ?  La remise en cause pure et simple « des activités d'utilité sociale, environnementales ainsi que le bon fonctionnement de nombreux services publics ».

La révolte gronde donc chez l’ensemble des acteurs sociaux et de solidarité qui, comme le directeur adjoint de l'Association des paralysés de France Patrick Tripoteau, demande au gouvernement d'apporter des réponses avant de modifier le dispositif actuel et pose plus particulièrement la question d’une véritable politique d’insertion dans l’emploi pour les personnes en difficultés économiques, sociales ou en situation de handicap.

Frédéric Valletoux en a par ailleurs profité pour appeler le gouvernement à « changer de logiciel pour sauvegarder le système de santé ». Selon lui, il est aujourd’hui nécessaire « d’inventer de nouvelles règles du jeu, de changer de cap, de changer de logiciel et de permettre aux établissements d'adapter leur offre et leur organisation en fonction de réalités de territoires ».

Les associations et centres hospitaliers peuvent compter sur le soutien des collectivités locales, et en particulier des maires, qui, à l’approche de la rentrée, dénoncent avec de plus en plus de virulence cette baisse des emplois aidés et organisent la riposte.