Santé : l’absent omniprésent du débat public et électoral ?

La primaire de la Droite et du Centre, dont le 1er tour a eu lieu dimanche dernier, aura permis à ses 7 candidats de longuement s’exprimer sur leurs programmes et propositions clés de leurs projets de société, au travers notamment des 3 temps forts qu’ont représenté les débats télévisés. Toutefois, selon une récente étude « Baromètre Santé 360 » réalisée par Odoxa[1], une thématique n’aurait pas été suffisamment abordée aux yeux des Français, qui regrettent un temps de parole moindre lui étant consacré durant les échanges : les questions de santé et d’assurance-maladie.

 

[1] Baromètre santé 360, La place de la santé dans le débat public et électoral, par Odoxa, publié le 14 novembre 2016.

Un désir de Santé

L’un des principaux enseignements de cette étude est que 76% des Français interrogés estiment que les questions de santé et d’assurance-maladie sont « la grande absente des débats politiques et électoraux », alors même que l’évolution du système de santé constitue un de leurs sujets de préoccupation majeure : les citoyens sont en effet persuadés qu’il va se dégrader à l’avenir (80%), un sentiment bien plus élevé et répandu que chez nos voisins européens.

En 2012, une étude révélait qu’ils étaient 75% à estimer que la santé et la protection sociale n’étaient pas une priorité pour les candidats à la présidentielle.

Ce pessimisme est intimement lié à l’image très positive dont bénéficient les professionnels de santé, qualifiée même par l’institut de sondage d’ « exceptionnellement bonne en comparaison des autres élites » (politiques, journalistes, hauts-fonctionnaires). Cette très bonne image s’appuie sur « un réel très bon retour d’expérience des patients », 88% d’entre eux se déclarant par exemple satisfaits de la gestion de leur relation avec l’hôpital et leurs médecins. De manière significative, plus des 2/3 des sondés estiment même que le système de santé est le plus performant, le meilleur en Europe.

Les décideurs publics, en particulier les candidats déclarés à l’élection présidentielle, auraient-il failli à répondre à cette volonté, ce fort désir de débattre des grands enjeux liés à la médecine de demain et au futur de notre système de santé ?

La question se pose d’autant plus que 55% des personnes interrogées affirment que les « propositions que feront les candidats à l’élection présidentielle auront un impact sur leur choix au moment du vote ».

 

Des acteurs mobilisés pour remettre la santé au cœur du débat

Depuis le début de cette longue séquence politique menant à l’élection présidentielle, les principaux acteurs de la santé ont pourtant su se mobiliser pour porter leurs messages et interpeller les candidats à la magistrature suprême sur leurs programmes. Également dans un souci d’information et d’implication du citoyen sur leurs principales propositions.

Le Collectif Interassociatif sur la Santé (CISS) a ainsi lancé en octobre le « Collectif Santé 2017 », composé de 12 membres fondateurs, qui se regroupent en 4 catégories d’acteurs : les patients et les usagers, les professionnels de santé (médecins, pharmaciens), le secteur hospitalier et médico-social et les industriels. Le Collectif a publié un manifeste intitulé « Faisons de la santé un enjeu démocratique », destiné à solliciter les candidats, mais surtout à « sensibiliser l’ensemble des Français à l’importance de prendre en compte les propositions des candidats en matière de santé avant de déposer leur bulletin de vote dans l’urne ». Cette initiative a été largement relayée par les médias.

En juin dernier, le think tank Économie Santé présentait sa recommandation 2016 visant à ce que « la santé fasse partie des débats de l’élection présidentielle de 2017 », sur la base de discussions de nombreux experts autour de grandes questions formulées par les Français, par exemple : « Comment m’orienter dans le système de soins ? Comment m’assurer de la qualité des soins que je recevrai et que je serai pris en charge par l’équipe médicale la plus adaptée à mon cas, près de chez moi ? Pourrai-je bénéficier de la dernière innovation ? ».

 

En dépit de ces initiatives orchestrées par les grands acteurs de la santé et des prises de parole des hommes politiques, les Français estiment que les questions relatives à la santé et à l’assurance-maladie demeurent trop à la marge des discussions, abordées trop superficiellement dans le cadre du débat public et électoral actuel. Il devient dès lors nécessaire pour les candidats de s’approprier cette thématique, de mieux communiquer sur leurs propositions clés afin de répondre à l’appétence des citoyens en matière d’évolution du système de santé.

Cette étude, qui confirme celles réalisées en 2012, est une piqûre de rappel que la santé demeure une des priorités pour les Français, au même titre que le pouvoir d’achat ou la lutte contre le terrorisme.