Pierre Fabry, Délégué général de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

Pourriez-vous nous présenter l'Ordre des Architectes d’Ile-de-France, son organisation et ses principales missions ?

A l’instar des Ordres des autres professions règlementées, l’Ordre des architectes assume une mission de service public confiée par le Législateur : garantir l’intérêt public de l’architecture. Contrairement aux idées trop souvent répandues, les Ordres sont donc au service de la société. Ils garantissent aux citoyens, aux pouvoirs publics, aux acteurs institutionnels une pratique respectueuse des règles de la profession. L’Ordre des architectes en Île-de-France, ce sont 10 000 architectes et plus de 3 000 sociétés inscrits au Tableau de la profession, soit un tiers des architectes français. Cette inscription est obligatoire pour prétendre porter le titre et pour exercer. Le Conseil régional de l’Ordre assume donc des missions de contrôle et de protection, qui peuvent aller jusqu’aux sanctions en cas de faute. Enfin, notre institution représente la profession auprès des pouvoirs publics et des acteurs institutionnels franciliens. Ainsi, si par son fonctionnement, son organisation, la gestion de ses services administratifs et les rapports qu’il entretient avec les professionnels, le Conseil régional de l’Ordre ne diffère pas d’un organisme professionnel, ses missions sont d’une autre nature.

Quel est aujourd’hui le rôle des architectes, et leur contribution au service de projets d’aménagement durable ?

Il faut souligner d’abord la diversité d’exercice de la profession : à la tête d’une agence ou comme salarié, en libéral, au sein de collectivités territoriales ou d’organismes publics, à Paris et dans chacun des sept départements d’Île-de-France. C’est la richesse de cette pratique quotidienne auprès des citoyens, des élus locaux, des bailleurs sociaux, de la commande privée qui fonde l’expertise et forge la vision des 23 élus qui composent le Conseil. Par-delà les missions régaliennes qui constituent la majeure partie de ses tâches, l’Ordre apporte sa contribution aux débats publics sur les grands sujets qui intéressent les décideurs, et surtout les habitants de l’Île-de-France. Comment atteindre l’objectif de 70 000 logements à bâtir d’ici 2020 ? Comment répondre aux attentes en ne sacrifiant pas la qualité, le bien-être et le bien-vivre ? Dans un espace institutionnel en mutation, et alors que se dessine le Grand Paris, notre institution s’interroge sur le coût social et environnemental d’un urbanisme débridé, de l’étalement urbain… Sur tous ces sujets, par son expertise et ses savoir-faire, l’architecte est porteur de solutions utiles à tous.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exercice du métier et les principales revendications portées auprès des pouvoirs publics ?

A l’instar des artisans, des TPE et PME du secteur du bâtiment, notre profession tire la sonnette d’alarme. Sous le poids de contraintes budgétaires, politiques ou administratives, les pouvoirs publics locaux voient leur capacité de mener les projets de construction et d’aménagement des territoires se réduire. La maîtrise d’ouvrage publique perd le contrôle du foncier et de ses propres opérations : l’intérêt général peut être relégué au second plan. Par ailleurs, la multiplication des actes administratifs et des normes constitue à la fois une contrainte et de réels obstacles à la satisfaction des besoins des territoires et des habitants. Les difficultés sont chaque jour plus grandes. Le constat des architectes est sans appel : le « construire plus, plus vite et moins cher » prépare l’exclusion sociale et spatiale de demain.  Par leur rôle de conseil, les architectes peuvent contribuer à faciliter la tâche des décideurs publics et éviter ces écueils.

Pour préparer l’avenir, pourriez-vous nous rappeler les grandes orientations poursuivies par l’Ordre et les principaux événements programmés dans les prochains mois ?

En ces temps de crise où 50% des architectes perçoivent le SMIC, notre premier objectif, notre première mission, c’est d’être aux côtés des 10 000 architectes franciliens. Cela suppose une information claire sur la valorisation par l’Ordre des missions et des devoirs de l’architecte, le développement de la formation continue - qui garantit la pertinence et la revalorisation de leurs interventions - mais aussi le soutien au développement de leur activité. Ensuite, sur le plan sociétal, le Conseil régional de l’Ordre entend conforter sa contribution au débat public. Les spécificités sociales, urbanistiques et économiques de notre région font de l’Île-de-France un observatoire et un terrain d’action privilégiés. Ainsi, nous participons activement aux ateliers de la charte « Priorité Logement » lancée par la Maire de Paris, aux réflexions menées sur le PLU ou bien encore aux programmes développés par la Société du Grand Paris... Dans quelques jours, du 13 au 15 novembre, nous organisons dans nos murs, la Maison de l’architecture dans le 10e arrondissement, les rencontres « L’habitat participatif, les nouvelles voix du logement ? » en partenariat avec la Ville de Paris et le « réseau national des collectivités pour l’habitat participatif ». Ce premier événement inaugure un cycle de rencontres et de débats. Le Conseil a en effet choisi de placer l’année 2015 sous la thématique du Logement. Et de renforcer dans le même temps ses liens avec l’ensemble des acteurs institutionnels du cadre bâti, et plus généralement tous ceux impliqués dans la vie de la cité. Nous avons tous en commun l’intérêt public de l’architecture, c’est-à-dire l’amélioration de la qualité de vie des habitants de la métropole et de l’Île-de-France.