Christine de Mazières, Déléguée générale du Syndicat national de l’édition (SNE)

Quels sont les missions et principaux enjeux du Syndicat national de l’édition ?

Le Syndicat national de l’édition (SNE) est l’organisation professionnelle représentative des entreprises d’édition françaises.

A ce titre, ses principales missions concernent la défense des intérêts des éditeurs, de la diversité culturelle, du principe du prix unique du livre, le respect du droit d’auteur et de la liberté de publication... Autant de sujets qui sont au cœur de l’actualité, française mais aussi européenne. Pour mener à bien ses missions, le SNE assure un dialogue constant avec les représentants de la chaîne du livre et participe à toutes les instances de l’interprofession. Il est également l’interlocuteur privilégié des décideurs politiques et économiques, au niveau national, européen et international. Il est en effet membre actif de la Fédération des éditeurs européens (FEE) et de l'Union internationale des éditeurs (UIE).

Par ailleurs, face à l’érosion de la lecture, notamment des jeunes publics, le SNE œuvre à la promotion du livre et de la lecture. Il organise de nombreuses manifestations telles que le Salon du livre de Paris, événement festif et convivial très grand public, ou les Petits champions de la lecture à destination des jeunes élèves de CM2. Il participe également à des salons, festivals, nationaux ou régionaux dont les objectifs rencontrent les siens. Ainsi à titre d’exemple, le SNE prend une part active dans la fête du livre de jeunesse, initiée cette année par le ministère de la Culture.

Organisé en commissions et groupes thématiques (BD, Jeunesse, Beau Livre, littérature générale…), illustrant la diversité de l’édition, le SNE offre à ses adhérents la possibilité de partager leurs expériences et de mettre en œuvre des projets communs.

Au final, avec près de 650 membres, le SNE défend l’idée que l’action collective permet de construire l’avenir de l’édition.

L’édition numérique n’a pas encore connu en France le même développement que dans d’autres pays. Quelle est votre action dans ce domaine ?

Le développement des ventes de livres numériques aux particuliers en France augmente de façon discrète mais régulière, à l’image de l’évolution de ce marché dans la plupart des pays européens. En France, on estime la part du numérique à environ 4% du chiffre d’affaires de l’édition. Cette part est de 3% en Europe, avec des disparités très grandes entre les pays. Le baromètre des usages du livre numérique que nous publions chaque année montre que les 18% de Français qui lisent des livres numériques continuent également à être de grands lecteurs de livre papier. L’objectif des éditeurs est donc de satisfaire ces deux expériences de lecture, papier et numérique, de ces lecteurs, en plaçant la qualité éditoriale au cœur de leurs investissements.

Dans le numérique cette expérience de lecture a la particularité de reposer autant sur la qualité du fichier livré que sur l’appareil de lecture. C’est pourquoi le Syndicat national de l’édition s’investit fortement auprès des organismes internationaux tels que le W3C (World Wide Web Consortium) et l’IDPF (International Digital Publishing Forum) pour développer un format standard ouvert de livre numérique dit « ePub ». Ce format permet à la fois aux éditeurs de développer les fonctionnalités du fichier en termes d’interactivité et aux lecteurs de choisir librement leur appareil de lecture. Les livres vendus sous ce format ouvert sont commercialisables par les grands opérateurs (à l’exception d’Amazon), et par les libraires qui proposent leur savoir-faire de prescripteurs à leurs clients dans tous les univers de lecture.

Par ailleurs, notons que, même s’il est moins visible du grand public, le marché du numérique à destination des professionnels (notamment chez les éditeurs de droit, de sciences humaines, etc.) est fortement développé en France : il est évalué à près de 300 millions d’euros, soit 27% du marché total de l’édition professionnelle.

A l’occasion du Salon du Livre, vous avez fait connaître votre position sur le nouveau taux de TVA sur le livre numérique. Après les dernières Assises du numérique le 19 mars dernier et votre campagne digitale « Ceci n’est pas un livre », y a-t-il eu des avancées récentes en faveur du secteur ?

Qu’il soit papier ou numérique, un livre est un livre ! Tel était le message que nous avons en effet souhaité faire passer auprès des instances de l’Union européenne en lançant en mars 2015 une vaste campagne virale #ThatIsNotABook. Humoristique et décalée, cette campagne invitait tous ceux qui aiment les livres à s’engager pour que le livre soit traité de manière égale, indépendamment de son support, partout en Europe. Sur les réseaux sociaux et sur le site dédié http://unlivreestunlivre.eu/, les internautes pouvaient publier une photo d’objet insolite, en indiquant s’il est ou non un livre. Un site Internet dédié.  Au final, le site Internet a connu près de 4 700 visites, majoritairement en France, mais également en Allemagne, en Pologne, au Royaume Uni, en Belgique, en Hongrie, aux Etats-Unis, en Italie, en Suisse et en Espagne. 1972 comptes différents (twitter, facebook, blogs…) ont relayé l’information. 4740 tweets ont été comptabilisés.

Mais au-delà du maintien de la TVA à un taux réduit, l’objectif de cette campagne consistait aussi à promouvoir le marché du livre numérique et développer les habitudes de lecture sur ce support à peine émergent. En effet, les habitudes évoluent, les européens, en particulier les jeunes, passent de plus en plus de temps devant leurs écrans. Nous pensons que le livre dématérialisé doit participer aussi de ce changement et rester accessible à tous.

Depuis cette campagne, la Commission Européenne a publié le 6 mai sa stratégie pour un marché numérique, dans laquelle elle reconnait pour la première fois que la taxation différenciée des livres numériques pose un problème. Cette mention pose les bases juridiques et politiques pour une modification de la législation européenne sur la TVA des livres numériques et, d’une manière générale, des publications en ligne. Pour le Syndicat, il s’agit d’une avancée significative sur la TVA des livres numériques, et nous nous réjouissons de ce premier pas dans la bonne direction.

Toutefois, nous restons vigilants et offensifs. D’autres sujets nous préoccupent également et tout particulièrement la défense du droit d’auteur, remis en question aujourd’hui par la Commission européenne.

Votre syndicat vient de recevoir le prix d’Excellence International d’Accessibilité à la Foire du Livre de Londres. Quels sont vos projets pour poursuivre ce combat en faveur de l’accessibilité des livres aux personnes handicapées visuelles ?

En France, 1,7 million de personnes sont touchées par un handicap visuel. Elles représentent 3% de la population et leur accès à la lecture mobilise l’ensemble de la profession des éditeurs.

Le Syndicat national de l’édition organise depuis 2013 l’événement « rentrée littéraire accessible pour tous » pour permettre aux personnes aveugles ou malvoyantes d’avoir accès aux livres de la rentrée au moment de leur parution dans les trois formats de lecture dits « accessibles » : le braille, l’audio et le gros caractère.

Cette opération, qui a été récompensée cette année à Londres, est d’une grande importance à double titre. Elle permet à tous les lecteurs de partager ensemble l’événement de la rentrée littéraire qui marque chaque année l’actualité nationale. D’autre part, elle favorise le rapprochement entre éditeurs et associations des personnes handicapées visuelles. L’enjeu est dorénavant de capitaliser sur cet événement pour développer le savoir-faire des professionnels du livre afin que tous les livres numériques soient à terme commercialisés en format nativement accessible.

L’investissement dans le format « ePub » dont nous parlions est bénéfique car il est compatible avec de nombreux appareils : lecteurs traditionnels, lecteurs audio, lecteurs braille… Il ira même plus loin en explorant les affichages en couleurs pour répondre à différents besoins des personnes dyslexiques.

Retrouvez toutes les informations concernant le Syndicat National de l’Edition ici.