Emmanuel Déchin, ‎Délégué général de la Chambre syndicale de la Répartition Pharmaceutique

Pouvez-vous nous présenter la Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique, son rôle et ses principales missions ?

La Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique (CSRP) est l’organisation professionnelle qui regroupe les entreprises du secteur de la répartition pharmaceutique et représente 97% du marché. La CSRP est l’unique syndicat représentatif de la profession.

La répartition pharmaceutique, c’est un système qui assure chaque jour la continuité de l’approvisionnement des pharmacies en médicaments et produits de santé en tout point du territoire, et ce dans des délais très courts. Si les pharmaciens peuvent acheter directement leurs médicaments auprès des laboratoires, pour de nombreuses raisons, logistiques notamment, cette solution est très contraignante pour eux. L’avantage de la répartition pharmaceutique, en effet, repose dans la concentration de l’offre pour les pharmaciens car il existe 7 entreprises qui assurent, chacune, la mise à disposition de 97% des références auprès des officines. Dans ces conditions, la plupart des pharmacies ne pourraient pas fonctionner sans les répartiteurs pharmaceutiques

Un dialogue est-il engagé avec les pouvoirs publics sur la situation actuelle des grossistes-répartiteurs ? Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Tout à fait. Le dialogue est engagé mais ce n’est pas un processus simple pour plusieurs raisons. En effet, nous sommes toujours écoutés mais pas nécessairement entendus.

La première difficulté tient à la très forte mise sous pression des dépenses d’assurance maladie. Or notre rémunération est intégrée au prix des médicaments qui sont remboursés par l’assurance maladie. En outre, cette rémunération est proportionnelle au prix des médicaments que le gouvernement baisse très régulièrement. De plus, la position naturelle des répartiteurs pharmaceutiques, entre les pharmaciens et les laboratoires, fait que leur voix est difficilement audible. Enfin, les problématiques auxquelles le secteur est confronté sont complexes et exigent une excellente maîtrise technique qu’il est très difficile à trouver particulièrement chez les parlementaires. Malgré ces difficultés, ou du fait de ces difficultés, les répartiteurs pharmaceutiques dialoguent très fréquemment avec les pouvoirs publics.

Il s’agit d’un dialogue de qualité fondé sur la confiance mutuelle et qui se construit dans la durée, malgré le turn-over conséquent des responsables (cabinets ministériels et administrations). C’est une relation qui exclut toute forme de connivence ou de menace et qui exige de la transparence de notre part Outre la pédagogie nécessaire, nous nous efforçons d’alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de la crise que traverse actuellement le secteur. Nous le faisons de manière responsable car nous avons, de par notre statut, des missions de service public qui concernent tous les patients. Ces missions constituent véritablement l’ADN de la profession.

Quel est selon vous l'impact de la baisse des ressources continue, depuis 2008, sur la mission de santé publique de l'accès aux médicaments pour tous ?

La fragilisation des entreprises du secteur. La filière subit des pertes et connaît des résultats financiers en chute libre, ce qui entraine une baisse des capacités en investissements et par ailleurs, une baisse continue du nombre d’emplois depuis une dizaine d’années. Nous avons perdu 2 000 collaborateurs en 10 ans, passant de 14 000 à 12 000 collaborateurs.

L’autre risque de cette situation tient à une possible dégradation de la qualité du service rendu aux pharmaciens alors que la fiabilité est une caractéristique de notre activité, pour éviter notamment les ruptures d’approvisionnement. Il ne faut pas se tromper, si dégradation il devait y avoir, les grossistes répartiteurs n’accepteraient pas d’en porter la responsabilité. Au-delà de la répartition, les difficultés économiques concernent toute la chaine du médicament et conduisent à une tension très forte entre les différents acteurs.

Quels sont les principaux enjeux auxquels est aujourd'hui confrontée la profession ? 

L’enjeu principal aujourd’hui, c’est de trouver un mécanisme de rémunération qui garantisse le même niveau de ressource pour les répartiteurs pharmaceutiques, toute chose égale par ailleurs. Il faut stabiliser les revenus et enrayer la chute.

L’enjeu, c’est véritablement de trouver un mécanisme qui permette aux répartiteurs de disposer d’une visibilité sur un niveau de ressources stabilisé, mais certainement pas une rente. C’est compliqué car il est nécessaire de trouver une articulation juridique adaptée.

L’autre enjeu, c’est de trouver le niveau de rémunération juste pour assurer une qualité de service sur certains produits, comme c’est le cas des médicaments thermosensibles, par exemple les vaccins contre la rougeole, rubéole, fièvre jaune, hépatite B, méningite, grippe,

tétanos, etc. et qui doivent impérativement être conservés entre + 2°C et + 8°C. Or, aujourd’hui, le niveau de rémunération n’est pas suffisant pour assurer la distribution de ces produits dans des conditions économiques acceptables. La valeur ajoutée du service apporté par les répartiteurs pour cette catégorie de produits n’est pas rémunérée.

Enfin, le dernier enjeu du secteur est de ne pas être pénalisé sur la distribution des médicaments génériques. Il convient effectivement de traduire dans les textes que si les grossistes répartiteurs n’étaient pas présents, les médicaments génériques ne seraient pas distribués chez les pharmaciens. Or, nous sommes pénalisés par le paiement d’une taxe sur notre chiffre d’affaires qui frappe indistinctement produits princeps et médicaments génériques. Cette taxe contribue à aggraver la crise que nous traversons.

Les entreprises de la répartition ne peuvent pas aborder chaque nouvelle année avec la perspective inéluctable de subir une diminution de leurs ressources liée essentiellement à la baisse des prix des médicaments. Ce modèle de rémunération n’est plus soutenable aujourd’hui.