Interview de Philippe Mixe, Président de la Fédération Nationale Indépendante des Mutuelles

Monsieur le Président, pourrriez-vous nous présenter la FNIM?

La FNIM est une fédération qui a aujourd’hui 27 ans. Elle est la conséquence du départ de la FNMF d'un certain nombre de mutuelles, qui refusaient, en même temps que leur adhésion à la FNMF, d'être contraintes d’adhérer à un fonds de garantie. Ces mutuelles, que l’on pourrait qualifier de « petites » mutuelles, ont donc décidé de créer une fédération qui les rassemble et qui leur ressemble, une fédération à taille humaine, capable de défendre leurs intérêts et leurs adhérents.

Cette question est primordiale et constitue aujourd’hui encore un élément différenciant avec la FNMF qui est progressivement passée du statut de  « grande fédération de mutuelles » à celui de « fédération des grandes mutuelles ». Alors qu’à la FNIM, nous revendiquons le fait d’être la fédération de ce que certains appellent péjorativement « les petites mutuelles » ou les mutuelles de proximité, c’est à dire des mutuelles à taille humaine.

A la FNIM, nous sommes profondément attachés au lien de proximité, de démocratie, de service, de non financiarisation poussée à l’extrême de nos organismes.

Un article de presse annonçait le 1er avril votre candidature à la présidence de la FNMF. Très vite vous avez répondu pour couper court à cette « poissonnerie » mais en profitant de l’occasion pour repositionner la FNIM comme étant la seule fédération qui défend aujourd’hui les valeurs mutualistes …

Mais oui car c’est vrai.

Le fil rouge de la mobilisation de la FNIM est la défense des libertés, valeur fondamentale du Mutualisme.

Liberté de s’associer pour créer une mutuelle et participer à la gestion d’une partie de sa protection sociale,  liberté de définir prestations et cotisations, liberté de choix du praticien, liberté d’organiser notre gouvernance, etc...

Liberté pour nos concitoyens de choisir leur complémentaire santé et ne pas se voir imposer un modèle ou un réseau de soins, ce qui nous a conduit et nous étions les seuls, à nous opposer à la loi Le Roux qui prévoit un remboursement différencié selon que vous ayez recours ou non à un professionnel labellisé.

Quelque part, cet article de presse, bien qu’humoristique, reconnaît que nous sommes aujourd’hui les seuls à incarner les valeurs mutualistes quand d’autres cherchent à ressembler aux assurances ou aux institutions de prévoyance.

Et face à l’importance de la FNMF, de la FFSA et de la FFA qui s’installe, quelle place pour la FNIM ?

La FNIM marche clairement sur ses deux pieds.

Nous engageons constamment le débat avec les pouvoirs publics, en siégeant dans de nombreuses organisations, comme l’UNOCAM et participons à chaque consultation, même s’il est vrai que nous ne disposons pas des relais privilégiés que d’autres peuvent avoir avec le Gouvernement.

Mais cela ne nous empêche pas de nourrir le débat d’idées, tout en revendiquant le « I » de la FNIM qui est le « I » de « Indépendance ». Cela prend notamment la forme d’un think-tank, le « comité opéra » qui a pour vocation de faire émerger de nouvelles pistes de réflexion et des préconisations concrètes.

Mais lorsque nous ne sommes pas entendus, nous n’hésitons pas à défendre les intérêts de nos mutuelles et de nos adhérents par la voie contentieuse.

C’est comme cela que, au sein de l’Association pour la promotion de l’assurance collective nous avons contesté et obtenu l’annulation des clauses de désignation que le Gouvernement voulait imposer dans la loi, avec une forme de silence complice des autres acteurs, notamment mutualistes. De la même manière, nous sommes dans l’attente d’une décision du Conseil d’Etat concernant l’application de solvabilité 2 aux mutuelles que nous contestons. Clairement par exemple, ma mutuelle, qui est régionale et qui souhaite le rester, n’a pas vocation à prétendre s’installer sur le marché Européen. Cette possibilité n’intéresse qu’une minorité de mutuelles, les plus grandes, ce qui explique le soutien de la rue de Vaugirard à cette transposition, qui impose des contraintes hors de proportion avec l’activité de nos structures.

Et comment voyez-vous l’avenir de FNIM ?

Il s’inscrit dans la continuité.

A la FNIM, nous n’avons pas l’obsession de la taille et sommes convaincus que l’obsession de la verticalité est arrivée à son terme, que les gens veulent de plus en plus revenir à la proximité qui est un gage démocratique et un fondamental du mouvement mutualiste. Nos mutuelles de proximité ont une vision très différente de celle des grands groupes existants ou qui se constituent aujourd’hui. C’est pourquoi j’ai l’habitude de dire que nous sommes, en quelque sorte, la « CGPME des mutuelles ». Je n’ai rien contre le « MEDEF des mutuelles », mais il faut que les intérêts des plus petites structures soient clairement défendus.

Depuis 27 ans nous proposons des outils à nos mutuelles  pour leur permettre de se développer malgré un cadre extrêmement contraint. Les pouvoirs publics tentent de tout encadrer : définition des paniers de soins CMU, ACS, ANI, plus de 65 ans peut-être demain et même des tarifs des contrats. On empêche les mutuelles d’être créatives et d’imaginer des réponses qu’elles jugent pertinentes. Notre force est d’aider les mutuelles à répondre à ces contraintes, sans faire disparaître leurs spécificités. A titre d’exemple nous avons construit une réponse adaptée à nos mutuelles avec la création de « proxime santé », seule réponse proposée par une fédération à l’appel d’offres lancé pour le dispositif ACS.

Le constat que nous faisons est qu’à l’heure des rapprochements et des fusions, la proximité redevient un atout. Ce n’est sans doute pas pour rien que le groupe FNIM se développe et regroupe aujourd’hui 80 mutuelles dans un paysage composé hélas désormais de moins de 500 structures.